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Point de vue du Président du collège interdisciplinaire SEIQA

30 000 cas d’asthme évitables chaque année en France en reduisant la pollution de l’air dans les écoles

publié le 12/03/2024 | par Fabien Squinazi

Une étude de Santé Publique France, publiée le 30 janvier 2024, estime que plusieurs dizaines de milliers de cas d’asthme pourraient être évitées chez les enfants de 6 à 11 ans si les expositions au formaldéhyde, en tant que traceur d’une exposition plus globale aux composés organiques volatils, étaient réduites dans l’air des salles de classe. En outre, près de 12 000 cas de sifflements respiratoires seraient évités si les moisissures visibles dans les salles de classe étaient éradiquées. Il s’agit de la première évaluation quantitative des impacts sur la santé de la pollution de l’air dans les salles de classe des écoles élémentaires, alors que la présence de formaldéhyde, de moisissures et un mauvais renouvellement d’air ont déjà été bien établis par les données de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI).

Les données de la campagne nationale Écoles de l’OQAI ont mis en évidence des concentrations en formaldéhyde plus élevées dans les écoles élémentaires présentant un confinement jugé élevé à extrême (indice ICONE 3 à 5) par rapport aux autres (20,7 µg/m3 versus 16,6 µg/m3). Sur la base de cette différence, il a pu être estimé que près de 30 000 cas d’asthme actuel chez l’enfant de 6-11 ans seraient potentiellement évitables par la diminution des concentrations en formaldéhyde induit par un meilleur renouvellement de l’air. À cela s’ajoutent les bénéfices liés à l’absence de moisissures observée dans les salles de classe des écoles présentant un indice ICONE inférieur à 3 par rapport aux autres (des moisissures visibles ont été constatées dans 4 % des écoles élémentaires avec un confinement jugé élevé à extrême).

Même si ces estimations nécessitent d’être confirmées, elles soulignent l’importance de mettre en place des actions pour réduire les sources d’exposition et améliorer la qualité de l’air intérieur des établissements scolaires. Plusieurs actions sur les sources sont en effet envisageables pour limiter en milieu scolaire l’exposition au formaldéhyde, et plus généralement aux composés organiques volatils. Ces actions relèvent des collectivités territoriales, chargées du bâti scolaire, mais aussi des occupants de ces locaux d’enseignement. Les collectivités peuvent ainsi privilégier l’achat de produits peu émissifs en imposant des critères environnementaux et sanitaires dans leurs marchés : étiquetage A+ des produits de construction et de décoration, produits labellisés (écolabel européen, NF Environnement Éducation, etc.) pour l’ameublement, les produits d’entretien, les fournitures scolaires. Dans le cas de travaux de rénovation ou d’achat de mobilier neuf, il faut prévoir un temps d’inoccupation des locaux (au mieux quatre semaines) pour limiter les fortes expositions aux composés organiques volatils. Les produits utilisés lors d’activités manuelles, comme les peintures ou les colles, doivent être stockés dans un local de rangement bien aéré. Un espace supérieur à 5 cm entre les meubles et les murs peut permettre de limiter les problèmes d’humidité.

Ces données confirment également l’intérêt sanitaire du renouvellement de l’air sur la santé respiratoire. Il convient par ailleurs de souligner que de plus en plus d’études indiquent également l’importance du renouvellement d’air au-delà de la santé physique et notamment sur l’apprentissage et les performances cognitives des enfants. En France, dans près des trois quarts des écoles, les salles de classe n’ont pas de système de ventilation, le renouvellement d’air se faisant uniquement par ouverture des fenêtres (aération). Dans une étude menée en 2011 auprès de 466 écoles maternelles et élémentaires et 233 structures d’accueil de la petite enfance, il avait été identifié que les enseignants ouvraient les fenêtres plutôt par besoin que de manière préventive ; les trois motivations principales étant la température trop élevée (58,9 %, N=902), les odeurs dans la pièce (46,3 %) et la sensation de confinement (55,3 %). La présence de courants froids en période hivernale, les nécessaires économies d’énergie de chauffage, la présence de nuisances sonores extérieures, la sécurité, voire l’impossibilité d’ouvrir les fenêtres, sont autant d’obstacles limitant ces gestes d’aération.

Le déploiement de détecteurs de CO2 dans le contexte de la crise sanitaire du Covid-19 a permis de favoriser ces pratiques d’aération dans les écoles. Une étude pilote, menée par la Ville de Paris en collaboration avec AirParif, dans 112 établissements allant de la crèche au collège, a montré que la présence d’un détecteur de CO2 constituait une aide à l’aération. En effet, plus de la moitié des participants ont déclaré avoir changé leurs pratiques d’aération. Néanmoins, ils ont également fait le constat que le dépassement du seuil recommandé arrivait plus rapidement qu’ils ne l’auraient pensé et que le temps nécessaire pour redescendre sous ce seuil avec l’aération était aussi plus long qu’ils ne l’avaient imaginé. On peut donc s’interroger sur la poursuite à long terme de ces gestes d’aération, en dehors d’un contexte de crise sanitaire. Dans le cadre de l’évolution de la surveillance réglementaire de la qualité de l’air intérieur, une évaluation annuelle des moyens d’aération est maintenant demandée. Cette évaluation était déjà existante dans la réglementation antérieure mais sa fréquence initialement fixée à tous les sept ans est maintenant annualisée. L’ajout d’une mesure à lecture directe de la concentration en CO2 devrait permettre un réel apprentissage de la fréquence et de la durée d’ouverture des fenêtres et une meilleure détection d’éventuels dysfonctionnements des systèmes de ventilation.

Des évaluations quantitatives d’impact sanitaire seront déclinées localement courant 2024 par Santé Publique France, ce qui apportera des estimations plus fines, indispensables à l’action territoriale. D’autres évaluations s’intéresseront aussi à l’impact du trafic routier dans et à proximité des établissements scolaires et permettront d’estimer le bénéfice sanitaire d’actions de réduction de la pollution de l’air.

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