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Bouleau, mauvais dodo, faut-il s’enfermer dans le métro ?

publié le 12/04/2022 | par Delphine Prince

Pendant que les cupressacées continuent à sévir dans le sud du pays, les habitants des ¾ nord inhalent quantité de pollen de bouleau.

Après la pollinisation du noisetier dès la fin janvier, relayée par celle de l’aulne, entre en scène la star des bétulacées. J’ai nommé le bouleau.

Les bétulacées sont des arbres monoïques (fleurs mâles et fleurs femelles sur le même arbre), tout comme la plupart des espèces forestières.

Arbre de grande taille, le bouleau peut atteindre 30 mètres de hauteur. Reconnaissable à son écorce gerçurée, noire et blanche à la luminosité de son feuillage, l’espèce est très décorative.

On en rencontre essentiellement 2 espèces : le bouleau blanc et le bouleau pubescent qui s’hybrident fréquemment.

Ses fleurs mâles et ses fleurs femelles sont regroupées en chatons distincts. Les fleurs mâles, pendantes sont formées dès l’automne et elles mesurent jusqu’à 6 cm. Les chatons femelles grêles et dressés apparaissent juste avant les feuilles.

Le bouleau, arbre des zones humides est un arbre pionnier des sols pauvres qu’il colonise spontanément. Très décoratif, le bouleau est planté pour ses propriétés ornementales et sa pousse rapide tant dans les jardins des particuliers que dans les espaces publics. Comme pour le cyprès évoqué en février, qui dit plantation massive dit exposition massive aux pollens et augmentation de l’exposition pour les allergiques.

Les pollens de bouleaux représentent 1/3 des grains de pollens dans l’air des régions concernées. Dans le nord de l’Europe, c’est le premier arbre allergisant, responsable de la classique pollinose avec ses signes respiratoires pouvant associer asthme, rhinite et conjonctivite, mais aussi des allergies alimentaires croisées.

En raison d’une homologue de structures des protéines allergisantes, les allergies croisées entre bétulacées sont fréquentes même si elles ne sont pas systématiques. C’est ainsi qu’un patient allergique aux bétulacées peut souffrir de sa pollinose de fin janvier (début de la pollinisation du noisetier) à mi-mai (fin de la pollinisation du bouleau).

Les signes classiques de l’allergie peuvent associer :

La rhinite allergique avec :

  • Prurit : démangeaisons dans le nez et la gorge
  • Rhinorrhée : nez qui coule, parfois comme une fontaine
  • Éternuements : parfois en salves et gênant
  • Obstruction nasale : nez bouché
  • Anosmie : perte de l’odorat
  • Parfois toux, causée tant par l’irritation des voies respiratoires hautes que par l’écoulement nasal postérieur, en particulier en position couchée.

La conjonctivite : larmoiement, yeux rouges, qui grattent, photophobie.

L’asthme : Sifflements dans la poitrine, toux, gêne respiratoire.

L’eczéma : même si le déclencheur des poussées d’eczéma atopique n’est pas toujours l’exposition allergénique, certains de nos patients allergiques aux pollens voient leur eczéma flamber en période pollinique.

Si le symptôme le plus impressionnant et le plus dangereux est l’asthme, il ne faut pas négliger l’impact de la rhinite allergique sur la qualité de vie du patient et qu’elle soit causée par l’exposition pollinique ou par les allergènes per annuels, celle-ci est responsable, chez nombre de nos patients d’une gêne tant diurne (pas facile, de devoir, en plein travail être interrompu sans cesse par des salves d’éternuements ou par le besoin de se moucher, surtout sous le masque) que de troubles du sommeil : réveillé par les éternuements et le besoin de se moucher, gêné dans sa respiration par l’obstruction nasale.

Sans compter l’impact sur l’entourage : Une jeune patiente me cotait hier qu’elle a été durant sa scolarité régulièrement exclue des cours en raison de ses éternuements intempestifs. Un autre qu’il était invité par sa conjointe, à dormir sur le canapé, pendant la saison pollinique, en raison de sa respiration bruyante.

Mais alors, que faire pour éviter l’exposition pollinique ?

Faut-il s’enfermer dans un espace clos, toutes fenêtres fermées ?

Ou bien pour les plus fortunés d’entre nous s’offrir quelques mois de télétravail en croisière au large, sur notre yacht ?

Nous pouvons, éviter nos amis à poils, minimiser, même si cela n’est pas toujours suffisant pour nous débarrasser de nos symptômes notre exposition aux acariens et aux moisissures.

Pour les pollens, certes, nous ne pouvons pas (heureusement !) empêcher la végétation de polliniser mais quelques précautions peuvent nous permettre de minimiser notre exposition.

On conseille donc aux allergiques de :

  • Aérer tôt le matin ou tard le soir, aux heures de moindre pollinisation.
  • Éviter de faire sécher le linge, en particulier le linge de lit en extérieur : le pollen se dépose sur le linge humide.
  • Rouler fenêtres fermées et ne pas oublier d’entretenir les filtres de notre véhicule.
  • Calquer ses heures de sortie sur les heures de moindre pollinisation et éviter les sorties en milieu de matinée et en fin d’après-midi.
  • Éviter, en particulier pour les asthmatiques, les activités sportives extérieures.
  • Lors des sorties en extérieur, porter lunettes et masque (nos habituels masques anti COVID) qui filtrent efficacement les particules polliniques.
  • Au retour à la maison, changer de vêtements, se rincer les cheveux et ne pas ressortir avec les cheveux mouillés.
  • Suivre l’évolution de la pollinisation sur le site du Réseau National de Surveillance Aérobiologique, le RNSA : adresse pollens.fr et vous abonner aux alertes.

Tout cela n’est en général pas suffisant mais il existe des traitements efficaces sur les symptômes de l’allergie que pourront vous proposer votre médecin généraliste ou votre allergologue.

En cas de symptômes persistants, un rendez-vous chez l’allergologue vous aidera à identifier avec précision le ou les responsables et vous proposera si besoin, un traitement de désensibilisation.

Vous souhaitant malgré tout cela un beau printemps ensoleillé. A bientôt.