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Peut on être allergique au vin ?

publié le 09/06/2020 | par Françoise Leprince

Si le vin est essentiellement composé de raisin, il  contient d’autres éléments pouvant être à l’origine de réactions anormales, ce sont des substances allergéniques  

Les allergies au vin ne sont pas si rares et peuvent provoquer en général entre 15 et 30 minutes après sa consommation, une rhinite, une crise d’asthme, une urticaire et/ou des douleurs abdominales.

Il est parfois difficile de déterminer avec précision quel est l’allergène responsable des manifestations allergiques car de nombreuses substances sont retrouvées dans le vin. La présence d’allergènes masqués peut rendre le diagnostic difficile. 

Causes : 

Le vin est essentiellement composé de raisin mais contient d’autres éléments pouvant être à l’origine de la réaction. 

En effet, il contient :

  • des sulfites (agents conservateurs du vin) ;
  • de l’éthanol (alcool) ;
  • des tanins (agents composés de dioxine, naphtaline, histamine… utilisés dans le cadre de la vinification) ;
  • de la caséine, des protéines de blanc d’œuf ;
  • des substances allergènes transportées par les guêpes et les abeilles (qui peuvent être retrouvées dans le vin qui vient d’être fabriqué).

De plus, même s’il est plutôt rare d’être allergique au raisin, une allergie au raisin peut toujours se déclarer, et être imputée à certaines protéines contenues dans le fruit.

Toutes ces substances peuvent donc provoquer une allergie suite à la consommation de vin.

L’allergie au raisin est rare. Elle est provoquée par plusieurs protéines.

Sulfites
Les sulfites sont des composés chimiques utilisés comme conservateurs dans la majorité des vins, et plus particulièrement dans les vins blancs et les champagnes. La présence de sulfite est signalée obligatoirement sur les étiquettes. De nombreux vins biologiques contiennent désormais moins de sulfites.

Glycoprotéines
De nombreuses glycoprotéines sont souvent présentes dans le vin. Une étude danoise, publiée en 2010 dans « Journal of Proteome Research » a révélé la présence de 28 en glycoprotéines, dont 13 proviennent du vin et 15 des levures dans un vin blanc. 

Hyménoptères
Des allergènes d’abeille et de guêpe peuvent être retrouvés dans le vin jeune.

Lait et œufs
Certains vins contiennent des lysozymes d’œuf et de la caséine destinés à les clarifier et à les rendre plus limpides. Une nouvelle réglementation européenne impose à partir du 1 er juillet 2012 aux producteurs de vin de mentionner sur les étiquettes des bouteilles de vin la présence de traces de lait ou d’œuf. Or les personnes allergiques à ces 2 aliments peuvent être victimes de manifestations allergiques en consommant du vin préparé avec ces molécules. Cette disposition provoque des réactions d’hostilité parmi les producteurs de vin.

Autres produits
De nombreuses autres substances chimiques sont retrouvées dans le vin. L’éthanol peut être mis en cause lors d’apparition de manifestations après la consommation de vin. Les tanins utilisés pour la vinification, la dioxine, l’histamine, le naphtalène, l’arsenic, le plomb… 

Symptômes
Les symptômes surviennent en général entre 15 et 30 minutes après la consommation de vin ;  

A retenir : 

  • rhinite : écoulement nasal et eternuements
  • urticaire et prurit
  • douleurs abdominales quelques minutes après l’ingestion
  • crise d’asthme 
  • conjonctivite allergique 

Mais il existe aussi de « fausses allergies » déclenchées par les boissons 

Des maux de tête après deux verres de vin, un nez qui coule quelques minutes après la prise d’un verre.

Il s’agit peut être de l’ingestion des doses de  sulfites sans forcément le savoir, et des symptômes visibles ont été déclenché.

à propos des sulfites, il n’y a  pas vraiment de certitude. Si les sulfites étaient bien le problème, ils devraient déclencher les mêmes symptômes à chaque fois ? À d’autres moments, les mêmes symptômes surviennent mais sans avoir consommé de sulfites !

– Les sulfites constituent une famille de produits chimiques : les sulfites, les bisulfites et les méta bisulfites, de sodium, de potassium, ou de calcium. Ces produits chimiques sont différents les uns des autres, et réagissent chacun à leur manière avec notre corps.

– Le délai entre la consommation de sulfites et les réactions visibles est très variable : les réactions visibles se produisent en quelques minutes ou en quelques heures, mais aussi le lendemain ou le surlendemain de leur consommation. L’un des tests médicaux se fait d’ailleurs sur trois jours pour mettre en évidence ces réactions retardées.

– La dose : il est impossible de savoir  quelle dose de sulfites est  consommée réellement. Pour prendre l’exemple du vin, la mention “contient des sulfites” sur l’étiquette indique seulement que la dose est supérieure à 10 mg/L. Mais, en fonction du vin, un verre peut contenir entre 4 mg et 40 mg de sulfites. Contrairement aux véritables allergies où une dose infime peut déclencher des réactions violentes, la dose de sulfites ingérée joue un rôle capital dans la rapidité et les effets produits. Il y a un effet seuil.

– Le pH qui mesure l’acidité : L’activité des sulfites est dépendante du pH des aliments avec lesquels ils sont mélangés. Le même vin avec des aliments différents ne produirait donc pas les mêmes effets.

– Les sulfites cachés : les sulfites ne sont pas seulement présents dans le vin ou les fruits secs. Ils sont surtout cachés dans d’autres aliments et boissons. Ils se trouvent aussi dans nos cosmétiques et dans nos médicaments, mais sans précisions. Chaque personne ingère donc régulièrement des sulfites sans le savoir.

Pour toutes ces raisons, il est très difficile d’établir un lien clair entre des problèmes de santé et les sulfites. Nous passons généralement plusieurs années  à accumuler des doutes jusqu’au moment où nous décidons enfin nous intéresser de plus près aux sulfites.

Le traitement

Traiter les manifestations lorsqu’elles apparaissent : rhinite, urticaire, asthme. 

Ne plus boire de vin est en général recommandé.

Le traitement va consister à soigner les symptômes observés. 

Pour les cas les plus graves, en cas de choc anaphylactique, par exemple, prévenez immédiatement les secours (appeler le 15, Samu ou le 112 pour les urgences européennes). Vérifiez si la personne est munie d’un kit spécial allergies.

L’éviction du vin permet de supprimer les réactions allergiques. 

Il peut cependant être intéressant d’effectuer des tests cutanés pour déterminer le facteur allergène exact. En effet, on retrouve de la caséine dans le lait de vache, et les protéines de blanc d’œuf peuvent être à l’origine des réactions.

Pour mieux comprendre :

Il faut commencer par un test d’allergie.
Puis éventuellement procéder à l’éviction de l’allergène.

Les détracteurs : Les allergologues cependant ne sont pas tous d’accord !

Introduction :
Dans une étude portant sur 4000 personnes sélectionnées randomisées, 68 (7.2%) parmi 948 répondants rapportent des symptômes d’intolérance et/ou d’allergie au vin. L’objectif a été d’analyser si une sensibilisation réelle aux protéines du vin pouvait être confirmée par une évaluation diagnostique et/ou immunologique.

Matériel et Méthode :
19 patients rapportant des antécédents d’intolérance au vin et 10 patients contrôles sans antécédents d’intolérance ont participé à une enquête allergologique avec prick-tests, dosage Immuno CAP à la recherche d’IgE, étude d’activation des basophiles et immun blot à la recherche d’IgE spécifiques.

Pour ce travail, des raisins blanc et rouge, des vins sélectionnés et une LTP connue comme allergène du raisin ont été utilisés.

Résultats :
7 patients ont des preuves d’une sensibilisation IgE au vin ou au raisin, incluant un patient témoin. 

Un patient avec des symptômes d’intolérance avec un prick-test positif au raisin rouge, un Immuno CAP positif au raisin, une test de dégranulation des basophiles positif à une inhibition du western blot lié aux CCD.

Conclusion :
Cette étude s’est centrée sur les causes IgE liées aux protéines du raisin entrainant une intolérance au vin (vraie allergie) et pas aux autres composants ou agents de collage (autres formes d’intolérance).

Une sensibilisation au raisin et aux protéines du vin a été observée dans cette cohorte.

Dans 1 cas, la réactivité pourrait être expliquée par une réactivité croisée aux CCD.

Les résultats de cette étude pilote doivent être confortés par une étude portant sur une plus grande cohorte.

Dans ce travail, les auteurs ont systématiquement interrogés une large population et ont pu mettre en évidence une intolérance au vin d’allure allergique dans 7.2% des cas.

Une étude approfondie chez un échantillon de cette population révèle l’existence d’une allergie vraie aux protéines du raisin.

Ce travail vient après beaucoup d’autres réalisés par des équipes non seulement en France mais également en Espagne, en Italie et en Suède.

Il a été déjà mis en évidence des sensibilisations et des allergies à des protéines spécifiques du raisin, dont une LTP que l’on peut retrouver dans le vin. Il existe également des sensibilisations possibles à des agents de collage (extraits du poisson, œuf ou lait) mais aussi des sensibilisations à des protéines d’hyménoptères parfois broyés dans des vins de fabrication « locale ». Enfin, il a été déjà signalé le facteur confondant représenté par les CCD : il semble en effet exister une sensibilisation cliniquement signifiante vis-à-vis de ces CCD.

Il est donc intéressant de voir que des équipes s’intéressent toujours à ce sujet mais les résultats rapportés ici ne sont pas réellement nouveaux.

En conclusion,  le doute subsistant, il ne faudrait pas gâcher les fêtes